Pharmacologie Générale

Auteur : Dr Nabil Foudi
Site pédagogique destiné aux étudiants des filières de la santé

Voies d'administration des médicaments

Avant d'aborder la pharmacocinétique ainsi que l'absorption des médicaments, il est nécessaire de connaitre les voies d'administration. Leurs choix dépendent de l'action souhaitée, de la nature et du parcours pharmacocinétique de chaque médicament. Ainsi, l'effet pharmacologique d'un médicament diffère souvent d'une simple administration par voie orale à une injection intraveineuse. Ces voies sont classées selon le mode de passage du médicament vers le milieu intérieur de l'organisme. On distingue : La voie digestive ou entérale, la voie paréntérale et la voie transmuqueuse

1- Voie digestive

Cette voie d'administration permet l'absorption du médicament, comme un simple aliment, à travers le système digestif. Elle est la plus simple pour le malade conscient.

On distingue :

Voie sublinguale : Le médicament est placé sous la langue. Il traverse les capillaires avant d'atteindre la circulation sanguine. Cette voie est pratique pour éviter le métabolisme hépatique.

Voie buccale.

Voie pharyngée.

Voie orale ou per os : Le médicament est absorbé tout au long du système digestif (généralement au niveau intestinal). Cette voie n'est pas possible pour des médicaments dégradés par les enzymes digestives. Elle est relativement lente par rapport à la voie injectable. Cependant, elle présente moins de risque toxique. Le médicament est généralement transformé dans le foie (effet du premier passage) avant de d'arriver vers les organes où il exerce son effet.

Voie rectale : Dans ce cas, le médicament est sous forme suppositoire. Cette voie permet une administration du médicament chez un patient qui refuse la prise par voie per os. Elle est caractérisée par une absorption irrégulière. Son utilisation est déconseillé lors d'une diarrhée.

2- Voie parentérale

La voie parentérale permet une introduction directe et irréversible du médicament dans le milieu intérieur par effraction de la peau à l'aide d'un matériel spécial à usage unique comme une seringue. Le Médicament et les instruments doivent être rigoureusement stériles pour éviter tout risque d'infection. En milieu hospitalier, environs 40% des médicaments sont administrés par voie parentérale.

On distingue :

2.1- Voie intraveineuse (IV)

Comme son nom l'indique, cette voie permet la libération du médicament dans le sang veineux. Elle est caractérisée donc par une biodisponibilité de 100 % puisque toute la quantité du médicament arrive dans la circulation sanguine. Cette voie présente des avantages tels que l'absorption complète, la rapidité de l'action, le cas d'un état comateux, ... etc. Cependant, son utilisation est limitée qu'en milieu hospitalier en raison de la nécessité d'un personnel médical qualifié, ajoutons à cela les risques d'infection, de toxicité ou de surdosage. L'administration des médicaments par la voie IV se fait soit par injection directe ou par perfusion. Le système de pousse-seringue est utilisé pour contrôler l'administration de médicament pendant une longue durée.

2.2- Voie intramusculaire (IM)

L'administration se fait par injection au sein de la masse musculaire à l'aide d'une seringue. Elle demande également une rigoureuse stérilité du matériel (à usage unique) et des produits sous forme de solution ou de suspension dans l'eau ou l'huile. Ils ne doivent pas être nécrosants pour le muscle ni se fixer sur celui-ci. On ne peut injecter que de faibles quantités (< 10 mL). L'injection des anticoagulants par la voie IM est fortement déconseillée.

2.3- Voie sous-cutanée

Elle consiste à injecter le médicament au sein de la substance fondamentale du tissu conjonctif lâche situé sous la peau. Le médicament est le plus souvent sous forme de solution aqueuse qui diffuse passivement autour du point de dépôt, puis traverse aisément les parois capillaires. Elle n’est utilisée que pour injecter des quantités limitées de médicaments en solution isotonique, aqueuse, neutre, non irritante (Exemple : Insuline). Des mini-pompes à libération prolongée peuvent être placées en sous-cutané comme précédure de substitution de cette voie. Ceci permet d'éviter les injections répétitives. La vitesse de l'absorption peut être augmentée par une vasodilatation médicamenteuse (vasodilatateurs) ou mécanique (friction) Pour diminuer la viscosité de la substance fondamentale qui s'oppose à la diffusion du médicament, on utilise une enzyme, la hyaluronidase, qui dépolymérise l'acide hyaluronique. A l'opposé, on peut diminuer la vitesse de résorption pour avoir une action prolongée ; on utilise pour cela soit des vasoconstricteurs (adrénaline, phényléphrine… ), soit des préparations spéciales sous forme de complexes ou associé au Zinc.

2.4- Voie intradermique

Cette voie dépend de : • La perméabilité du médicament vis a vis la peau (Liposolubilité,..) • La région de la peau : Il existe une différence de passage entre la plante des pieds ou la paume de la main et les aisselles. • La circulation sanguine : passage important dans les régions vascularisés. • La température (vasodilatation favorise le passage) • L'état de la peau • L'âge : perméabilité importante chez le nouveau-né, le ratio surface/poids est plus important chez le nouveau-né.

2.5- Voie intra-rachidienne

Elle consiste à l'administration du médicament dans le LCR. C'est l'exemple de la péridurale lors de l'accouchement.

2.6- Voie intra-articulaire

Très utilisée pour l'administration des anti-inflammatoires pour le traitement de l'arthrite.

2.7- Voie intra-artérielle

Cette voie n’est utilisée qu’en cas particuliers : Angiographie, Chimiothérapie, Vasodilatateurs. Souvent elle est pratiquée via l’artère fémorale, sa technique est délicate (uniquement hospitalisation).

2.8- Voie intra-cardiaque

L'administration est réalisée directement au niveau cardiaque.

3- Voie dermique

Cette voie permet d’appliquer le médicament sur la peau. Il peut soit agir localement, soit pénétrer à travers la peau et passer dans le sang. Les principales formes pour application cutanée sont les pommades (préparations grasses), les crèmes (moins grasses), les gels (non gras, limpides), les solutions et les poudres.

4- Voie transmuqueuse

Le passage de médicament se fait à travers une muqueuse sans effraction.

On distingue :

Conclusion

Comme il a été rapporté, chaque voie présente des avantages et des inconvénients. Cependant, chaque voie est jugée utile par rapport à l'autre en fonction des situations cliniques et pathologiques. Le choix d'une telle ou telle voie permet également de limiter les effets indésirables liés à la diffusion non ciblée des médicaments. Parfois, il est utile d'appliquer localement une pommade sur une surface de la peau lors d'une simple inflammation qu'administrer ce médicament par la voie orale. Dans ce dernier cas, le médicament diffuse partout et peut affecter le fonctionnement de plusieurs organes.